Pour Michel Pébereau, 65 ans, décideur économique et banquier, la science-fiction est une passion personnelle (« pas plus critiquable que le golf », laisse-t-il tomber au fil de ses propos) qui a découlé de son amour de la lecture. Les hasards d’un week-end bloqué à Tananarive (Madagascar) l’ont conduit dans une librairie où il a choisi un livre de science-fiction « plutôt qu’un roman de gare »: « je n’en suis plus jamais ressorti » dit-il.
Au point que parallèlement à sa vie de grand patron, il tient depuis plusieurs années une rubrique de science-fiction, chaque semaine dans le Journal du Dimanche. « Nous vivons aujourd’hui, une formidable accélération de l’histoire, analyse t-il. Le monde évolue très, très vite et nous avons besoin d’avoir des guides qui imaginent, quisont complètement en projection: c’est ce que fait la science-fiction à mes yeux ».
Sa vie de banquier n’est pas exempte de cette projection vers le futur: « Il ne fait pas de doute, raconte-t-il, qu’au moment où nous avons pris avec mes équipes et mon conseil d’administration, la décision de lancer deux offres publiques d’achat, qui n’étaient pas sollicitées sur deux banques (Paribas et La Société Générale) dont chacune était aussi grosse que nous – ce qui n’avait jamais été fait dans le monde – une espèce d’éclair de folie de science-fiction a du passer dans notre tête! Finalement elle nous a permis de prendre une décision très audacieuse qui a abouti à la création de Paribas ».Enki Bilal, 56 ans, lui est arrivé en France à 10 ans, venant de l’ex-Yougoslavie en coursd’implosion.
Il découvre alors la langue française « c’est un coup de foudre » dit-il, « j’ai lu, j’ai lu, j’ai dévoré des quantités de livres ». Il se rend compte très vite qu’il prend plusde plaisir avec Jules Verne qu’avec Proust. Pour lui, la science-fiction est une culturequi finit presque par « déteindre sur la manière que l’on a de vivre le monde, l’actualité, les voyages. Moi je suis convaincu que le fait d’être immergé dans une relation au futur fait qu’on a le regard qui change et parfois peut amener à des formes de vision du futur ». Pourlui passé, présent, futur ne font qu’un et le terme « science-fiction » lui paraît désuettant les événements qui se produisent aujourd’hui relèvent de la science-fiction.
« Parler du monde de demain, c’est rendre service au monde d’aujourd’hui et je crois qu’un entrepreneur peut parfaitement le comprendre. Ce genre de littérature m’implique dans ma création mais aussi dans le monde réel, dans notre histoire. Je suis tout à fait pour cette nouvelle littérature qui est en train de s’ouvrir ».